Après un reportage d’Envoyé spécial, un livre décrit le malaise à Pôle emploi dont un conseiller raconte comment « les agents craquent » et décrit un climat de suspicion envers les chômeurs.
Signant sous un pseudonyme, ce conseiller est entré il y a sept ans à l’ANPE et fait partie des dizaines d’agents victimes d’une agression physique en 2009.
Selon lui, « les populations qui défilent dans les agences sont davantage fragilisées et encore plus désabusées » et « depuis la naissance de Pôle emploi en janvier 2009, la situation s’est encore dégradée ».
En cause : le manque de moyens qui fait qu’ »il arrive aux agents de prendre leurs affaires et de s’installer dans la cuisine du personnel (…) lorsque aucun bureau n’est libre », le « grand n’importe quoi » du système informatique qui voit un intermittent du spectacle recevoir le même jour quatre lettres différentes sur le calcul de son indemnisation.
Comme dans Envoyé spécial, le fonctionnement kafkaïen du 3949 est mis en cause et la surcharge des conseillers, amenés à suivre 130, voire 198 demandeurs d’emploi, en contradiction avec les assurances du gouvernement avant la fusion.
Ce petit livre, auquel la journaliste Aude Rossigneux a apporté certains témoignages et prêté sa plume, étale aussi le ras-le-bol face à un système qui « orchestre la suspicion permanente », décrit comme une « machine à radier ».
« J’en ai marre que des employeurs s’imagines qu’en france les gens ne veulent pas bosser et que les smicards préfèrent rester au chômage » et « ce n’est plus possible d’entendre dire que si Pôle emploi va mal c’est seulement la faute à la crise », peut-on lire.
La « taupe » raconte au contraire comment un chef d’entreprise peu scrupuleux a débauché le salarié d’un concurrent, le poussant à s’inscrire à Pôle emploi avant lui signer son contrat afin de toucher une aide de l’Etat et avoir 45% de salaire en moins à lui payer pendant douze mois.
« Cela donne une vision assez négative qui ne correspond pas à la réalité », a commenté mercredi le directeur général, Christian Charpy, en marge de la publication des chiffres de l’emploi.
« Il n’y a pas eu d’instructions, ni de prime donnée aux collaborateurs ou aux directeurs d’agence qui radient », a-t-il également déclaré.
L’ouvrage ne parle pas de prime aux radiations mais décrit le fonctionnement de la prime collective d’intéressement versée aux agents de Pôle emploi sur le résultat de leur accompagnement.
(« Confessions d’une taupe à Pôle emploi » – Gaël Guiselin et Aude Rossigneux – Calmann-Lévy – 132 p. – 11,50 euros – en librairie le 10 mars)
Source : AFP