Pourquoi relever l’âge de la retraite est une mesure juste

Par Eric Woerth, Ministre du Travail (28 mai 2010)

J’entends fréquemment avancer l’idée que le relèvement de l’âge légal serait une mesure injuste. C’est désormais l’argument principal avancé par Martine Aubry, qui nous explique que l’augmentation de l’âge légal conduira à exiger des salariés qui ont déjà travaillé très longtemps, et qui pourraient donc partir dès 60 ans, de travailler encore plus. Et si ces salariés sont au chômage, la réforme du gouvernement les prolongerait dans cette situation encore plus longtemps. La réforme serait donc injuste, pour ces deux raisons. Ce raisonnement est tout simplement faux. Il est fondé sur une caricature qui ne résiste ni au bon sens, ni aux chiffres, ni aux comparaisons européennes.

Si relever l’âge légal était une mesure si injuste, je me demande pourquoi tant de gouvernements de gauche en Europe y ont eu recours pour sauver les régimes de retraite dans leur pays, sauf à m’expliquer qu’il y a deux visions de la justice à gauche en Europe. En Italie, Romano Prodi, alors Premier ministre d’un gouvernement de centre gauche l’a décidé en 2007, Walter Veltroni, ancien communiste et chef de file du parti de centre gauche, considérant cette mesure comme "absolument indispensable". En Allemagne, c’est un ministre du Travail social-démocrate et ancien secrétaire général du SPD, Franz Müntefering, qui a décidé le report de l’âge. Et que dire de l’Espagne ! Felipe González avait une première fois décidé d’augmenter l’âge de départ en 1995. José Luis Zapatero, dont le moins que l’on puisse dire est que le Parti socialiste français ne le considère pas comme un modèle d’injustice, a annoncé une nouvelle augmentation de l’âge de départ à la retraite, en expliquant que "l’objectif est que l’âge de départ à la retraite et l’espérance de vie suivent un cours parallèle" et en ajoutant que "reculer l’âge de la retraite est une proposition raisonnable" ! Deuxièmement, augmenter l’âge légal de départ à la retraite est la seule mesure qui respecte un principe fondamental de justice : l’effort doit être fait par tous les Français, et non pas seulement par une partie d’entre eux. Or, dans les années qui viennent, si l’on ne fait qu’augmenter la durée de cotisation, l’effort ne portera que sur la petite partie des salariés qui n’auront pas tous leurs trimestres à 60 ans. Ces salariés ne sont pas des privilégiés. Ce sont, d’un côté, des salariés qui ont fait des études plus longues que les autres et, de l’autre, des salariés qui ont eu beaucoup plus de mal à entrer sur le marché du travail, parce qu’ils ont alterné petits boulots, chômage, temps partiel subi etc. Je ne me vois pas, en tant que ministre du Travail, expliquer qu’il serait juste de demander uniquement un effort à cette partie des Français. Notre système de retraite protège en effet tout le monde. La justice, c’est donc que l’effort de travailler plus soit partagé par tout le monde.

Troisièmement, il est faux de dire que le projet du gouvernement va conduire à exiger des Français qui sont aujourd’hui sur le point de prendre leur retraite et qui ont tous leurs trimestres qu’ils travaillent plusieurs années de plus. La réforme, je l’ai indiqué à de nombreuses reprises, sera progressive. Cela veut dire concrètement que quelqu’un qui a 59 ans aujourd’hui ne travaillera pas des années de plus comme le prétend le Parti socialiste, mais au maximum trois mois de plus, c’est-à-dire qu’il partira à la retraite par exemple en juin au lieu de partir en mars. Quelqu’un qui a 58 ans aujourd’hui, six mois de plus maximum, et ainsi de suite.

Quatrièmement, il est tout aussi faux de dire que le gouvernement sera injuste parce qu’il fera travailler plus longtemps tout le monde sans distinction, du cadre supérieur à l’ouvrier. Le principe de justice que le gouvernement défend, c’est que tout le monde fasse un effort, mais pas que tout le monde fasse le même effort. Cela veut dire concrètement, je l’ai dit dès le 17 mai dans le document d’orientation, que ceux qui ont commencé plus tôt que les autres et travaillé plus longtemps que les autres continueront à partir avant les autres. Je rappelle que le Parti socialiste n’avait pas, en 2003, voté pour la reconnaissance de cette possibilité, appelée "dispositif carrières longues". Cela veut dire également que la réforme du gouvernement intégrera, pour la première fois en France, la reconnaissance de la pénibilité, afin de tenir compte de ceux qui ont eu une vie professionnelle plus usante que les autres. Sur ce sujet comme sur celui des carrières longues, ce sera donc un gouvernement de droite qui aura agi et réalisé de vraies avancées sociales.

Cinquièmement, il est toujours faux de dire, comme le fait le Parti socialiste, que le relèvement de l’âge multipliera le nombre de chômeurs sans droits. Cette affirmation est un procès d’intention, puisque j’ai indiqué, dès le document d’orientation, qu’un dispositif spécifique serait mis en place pour éviter qu’un chômeur âgé arrivant au bout de ses droits ne se trouve pénalisé par le relèvement de l’âge. Et le chômage indemnisé, il faut le rappeler une fois de plus, permet de valider des droits à retraite.

Enfin sixièmement, la taxation effrénée du travail proposée par le Parti socialiste frappera de plein fouet une catégorie : les jeunes. Ce sont eux qui, à peine entrés sur le marché du travail se verraient contraints de payer toute leur vie les impôts décidés par le Parti socialiste. Rien ne serait plus injuste. Et surtout rien ne saperait davantage la confiance qu’il faut leur redonner dans la retraite par répartition. Augmenter l’âge de la retraite pour tous les actifs, y compris pour leurs parents encore en activité, c’est refuser cette fatalité qui consiste à reporter toujours vers eux les efforts que nous ne faisons pas. Il ne suffit pas de parler de justice : il faut surtout faire des mesures justes. Sur ce point, le bilan de la gauche est inexistant. Le Parti socialiste n’a pas voté les carrières longues. Il n’a pas voté la taxation des stock-options. Il n’a pas voté la taxation des retraites chapeaux. Il n’a pas voté la revalorisation du minimum vieillesse de 25%. Il n’a pas voté l’amélioration de la retraite des agriculteurs. Il n’a pas voté la création de la surcote. Il n’a pas voté la revalorisation des pensions de retraite des veuves. Et cette fois encore il ne sera ni le parti de la responsabilité, ni le parti de la réforme juste.

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Eric Woerth réagit aux propositions du Parti socialiste sur la réforme des retraites

Martine Aubry a en effet rendu public un projet d’augmentation d’impôts et de cotisations de 37 Md€, dont 19 Md€ dès 2011. Cette augmentation pèsera à 60 % sur les revenus du travail. En effet, la hausse des cotisations (salariales et patronales) est un prélèvement sur le travail qui touchera tous les salariés et toutes les entreprises. La multiplication par cinq de la taxation de l’intéressement et de la participation frappera des millions de Français, conduira à une baisse de ces compléments de salaires et empêchera les salariés d’être associés aux résultats de leur entreprise (actuellement 5,4 millions de salariés ont de l’intéressement et 4,9 millions ont de la participation).

L’augmentation de 50 % du taux maximal de la contribution sur la valeur ajoutée constitue ni plus ni moins qu’une taxe sur le travail, puisque les deux tiers de la valeur ajoutée sont composés par les salaires.

Par ailleurs, les propositions du Parti socialiste vont pénaliser fortement les revenus de l’épargne et affecter les petits épargnants et les classes moyennes. En effet, la hausse de la CSG sur le capital frappera indifféremment tous les ménages, notamment les 20 millions de Français qui sont bénéficiaires d’un contrat d’assurance-vie, ou encore les millions de Français qui possèdent un plan épargne-logement ou un petit portefeuille d’actions.

Enfin une partie des hausses annoncée par Martine Aubry est totalement virtuelle :

  • en plus des 37 Md€ de recettes destinés aux régimes de retraites, le Parti socialiste prétend financer à hauteur de 3 Md€ par an le Fonds de réserves des retraites en surtaxant de 15 % l’impôt des sociétés (IS) des banques : c’est rigoureusement impossible, puisque l’IS des banques s’est élevé à 2 Md€ en 2009 et 2,5 Md€ en 2008. Pour obtenir 3 Md€ de recettes supplémentaires, il faudrait passer à un taux d’IS de près de 70 %, ce qui est évidemment inenvisageable, sauf à fragiliser le secteur bancaire français qui est l’une des forces de notre économie et qui est indispensable au développement de toutes les entreprises ;
  • les 2 Md€ de ressources attendues de la taxation des bonus et des stock-options sont totalement surestimés : pour avoir ce niveau de recettes, il faudrait taxer les bonus et les stock-options à des niveaux tels que ces formes de complément de revenus baisseront de manière drastique. A titre d’exemple, la taxation des bonus des traders à hauteur de 50 % mise en place par le Gouvernement en 2009 a rapporté 360 millions d’euros ;
  • le Parti socialiste souhaite augmenter la taxation des plus-values de cessions de titre à long terme, sans pouvoir néanmoins préciser le rendement qu’il en attend. Cette incapacité à chiffrer le gain attendu démontre le caractère aléatoire de cette ressource. A partir du moment où ces plus-values sont exonérées dans la plupart des pays européens à des niveaux plus importants qu’en France, les opérations seront largement réalisées à l’étranger, échappant ainsi à toute taxation.

En outre, dans le cas où ces opérations resteraient exercées en France, leur montant varie fortement d’une année sur l’autre, selon l’évolution des marchés financiers. Cela reviendrait donc à indexer le financement des régimes de retraite sur l’évolution des marchés financiers, comme dans un système par capitalisation.

Pour le Parti socialiste, la réforme des retraites se limite donc à un choc fiscal massif sur la croissance, le pouvoir d’achat des Français et l’emploi. Non seulement il refuse de traiter les problèmes démographiques par des mesures adaptées, mais sa stratégie d’évitement le conduit à proposer des mesures incompatibles avec la croissance, la progression du pouvoir d’achat et la baisse du chômage.

Source : Ministère du Travail

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