Avis de recruteurs sur l’emploi des seniors
21 janvier 2010 – Trois questions élaborées par l’APEC sur les initiatives en faveur de l’emploi des seniors, ont été posées à Maryvonne Labeille, présidente de Syntec Conseil Recrutement, François Roux, Délégué général du Prisme (regroupement d’agences d’intérim), Marc Bernardin, Vice Président de l’association « A compétence égale » et Nathalie Bordes, responsable RH de l’Apec.
Question 1 : « Avez-vous mis en place un dispositif « seniors » ou préconisé un certain nombre d’actions suite aux décrets du 20 mai 2009 ? Que pensez-vous des pénalités aux entreprises qui n’auraient pas mis en place un plan d’action en faveur des seniors »
A la majorité, les intervenants déclarent n’avoir pas attendu ce décret pour démarrer leurs actions bien avant le décret. A propos de la loi, Maryvonne Labeille estime que plutôt que de percevoir la loi comme une contrainte, il s’agit d’une réelle opportunité pour faire bouger les mentalités et donc, favoriser l’emploi des seniors. François Roux la perçoit en revanche comme une contrainte tandis que Marc Bernardin remarque que cette loi vise surtout à renflouer le trou de la sécurité sociale ! Et de conclure à l’unanimité qu’il s’agit d’une loi de plus et qu’il est regrettable d’en arriver là.Question 2 : « Comment éviter que la gestion des seniors ne se transforme en une « gestion des âgés ? »
Une question piège et dérangeante à laquelle il fut difficile pour chacun des intervenants de répondre tant le sujet est sensible. Appeler une personne « senior » est tout de même plus élégant que « âgée » ! Pour l’ensemble des participants, il n’est pas question de pointer du doigt les seniors : ils doivent être considérés par les RH comme les autres salariés et faire partie des plans de gestion des carrières. Les entreprises n’ont d’autant pas le choix que les seniors doivent travailler au-delà de 60 ans précise Marc Bernardin. Il ne doit pas y avoir de notion de quotas à propos des seniors comme c’est le cas de la population des handicapés.Question 3 : « Quels sont les outils de recrutement pertinents pour recruter des seniors ? Seriez-vous prêt à utiliser le système du recrutement sans CV ? »
Nathalie Bordes explique que l’Apec expérimente depuis quelques temps la formule du « sans CV ». Il s’agit de questionnaires à base de questions fermées portant uniquement sur les compétences, complétés par quelques questions ouvertes. Marc Bernardin se dit favorable à ce moyen de recrutement à condition que le recruteur dispose d’un maximum d’informations sur les dites compétences et ne se contente pas de lire des grilles nécessairement limités. En revanche, Maryvonne Labeille déclare clairement son désaccord sur un mode de recrutement sans CV ou encore du recours au CV anonyme estimant que le recruteur tout comme le demandeur d’emploi ont besoin de s’appuyer sur un CV lors d’un entretien et que cet échange ouvert favorise la diversité. Même avis pour François Roux qui bien qu’acceptant l’idée qu’un mode de recrutement sans CV ou un CV anonyme peuvent déboucher sur un premier entretien avec un recruteur, quid de la suite ? Le risque pour le candidat de devoir répondre à des questions qui pourraient apparaître comme « discriminantes » sont à éviter.Et de conclure à l’attention des responsables des cabinets de recrutement présents à cette table ronde : « soyez pédagogiques, sensibilisez les entreprises à la problématique d’embauche des seniors, c’est votre rôle ».
