CV anonyme :  L’arme anti-discrimination ?

Le 10 juin dernier Alain Gavand, Président de l’association A Compétence Egale, a remis un rapport sur l’intérêt du CV anonymee à Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances. Les avis des recruteurs sont partagés.

Deux CV de candidats : Je m’appelle ?, je suis né le ?, je suis de nationalité ?, ma situation familiale est ?, ma photo est ?  Et regardez comme elles sont belle mes compétences….

Le recruteur examinant les deux CV  : ils s’appellent ?, il sont nés le ? Ils sont de nationalité ? Leur stituation familiale est ?,  leurs photos ? J’apprécie leurs compétences respectives. Parfait, je les contacte (à condition que les coordonnées téléphoniques ou mail aient été mentionnées. Gare à l’excès de « ? » tout de même.)

Le premier candidat convoqué avoue modestement s’appeler Alain Deloin, il a 38 ans, il est de nationalité française, marié avec deux enfants et, remarque le recruteur, ressemble à Brad Pitt. Formidable ! En plus il est top pour assumer les compétences recherchées.
Arrive le second candidat. Il se présente Djamel Demouize, 50 ans, il est de nationalité française mais d’origine marocaine, marié avec deux enfants et ressemble… à lui même. Misère !  En plus, il est à compétences égales avec le précédent, vous savez, celui qui ressemblait à Brad Pitt ! Aie ! Que faire ? s'interroge notre recruteur.

Moralité : devant tant de points d’interrogations à quoi peut bien servir un CV anonyme ? Pourquoi un individu devrait-il camoufler son identité si au bout du compte, selon que le recruteur soit discriminant ou non,  les jeux peuvent se faire et se défaire ? N’est-ce pas là une véritable discrimination que d’intimer au candidat de ne pas dire qui il est ? De nier son identité ? N’est-ce pas là une véritable hypocrisie que d’intimer aux recruteurs d’accepter des CV anonymes sous prétexte de ne pas les influencer sur leurs décisions de convoquer ou non des candidats ?

En définitive, que de temps perdu tant pour le recruteur que pour le candidat. Seule évidence, seul vrai débat : comment changer la mentalité des recruteurs et des entreprises qui ne supportent pas les origines « exotiques »,  la « séniorité »  quand il ne s’agit pas de « juniorité » et en oublient même de faire leur métier : recruter sans discrimination aucune « the right man (ou woman !, n'oublions le sexisme dans les discriminations) at the right place. »

Lors de cette enquête proposée par A Compétence égale, il en ressort que les cabinets de recrutement sont partagés à 50/50 sur le CV anonyme. Ceux qui sont contre argumentent la difficulté technique de mise en œuvre et le coût que cela induirait mais surtout que seuls leurs clients pourraient les inciter à pratiquer le CV anonyme. Pour ceux qui y sont favorables, ils expriment ceci : le dispositif d’anonymisation interviendrait à la fois lors du tri de CV par les consultants eux-mêmes et lors de la présentation des candidatures à leurs client. Bref, dans les deux cas, c’est le client qui devient donc discriminant en chef de cette initiative.

Encore plus grave, l’enquête révèle un consensus inquiétant sur ce qu’il faut dire et ne pas dire dans un CV et ce, que le recruteur soit pour ou contre le CV anonyme. Ainsi l’âge est à proscrire entre 81 et 89 %, la photo entre 75,7 à 78,4 %, la nationalité entre 52.5 et 64,9 %, la langue maternelle : 40,5 et 48,6 %.

En conclusion A compétence Egale persiste à croire qu’il faut supprimer des CV les éléments suivants : photo, nom, prénom, adresse, sexe, situation de famille, nationalité et âge. Et pour éviter les discriminations de l’âge : il faut supprimer les dates d’obtention de diplômes, les tranformer en périodes d’emploi et se limiter aux 6 denières expériences ou au 10 dernières années. Et pendant qu’on y est, peux-t-on lire dans les résultats de cette étude :  supprimons aussi les hobbies et autres loisirs qui pourraient donner des pistes sur les origines du candidat. Il est sans doute invraisemblable qu’un Brad Pitt s’adonne à des cours de danse orientale. Inconcevable non ?

Non seules les compétences sont à prendre en compte indique cette étude car, selon les cabinets interrogés, la discrimination à l’embauche a lieu lors de l’analyse et du tri du CV. Et après ? Hop ! On refile la patate chaude au client ? Doit-on comprendre que les recruteurs travaillent à la chaîne, sont payés à la tâche et qu’ils n’ont guère de temps à consacrer à la lecture d’un CV qui est leur cœur de métier ? Les compétences, et uniquement les compétences. Mais la vérité ne serait-elle pas plutôt celle qui consiste à ne pas adresser un candidat à son bon client qui n’apprécierait pas dut tout qu’il soit d’origine incertaine ?

Et si le CV anonyme est adopté, alors il faudra supprimer la lettre de motivation apprend-on. C’est sans doute le seul point positif de cette enquête car en principe tout candidat postulant à un poste est de facto motivé pour le saisir. Toutes ces lettres calquées sur le même modèle sont entrées depuis longtemps dans le parfait statut de l’anonymat !

Une loi sur le CV anonyme pour les entreprises de plus de 50 salariés existe depuis le 31 mars 2006 mais n’est pas obligatoire faute de décrets d’application. Rassurons-nous, le CV anonyme n’aura droit de cité que s’il est adopté à la majorité par les recruteurs. Luttons pour que cela n’arrive jamais pour la liberté de chacun.

Martine Triquet-Guillaume                                                                                                

Voir le débat sur le CV anonyme

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