

Nadia Zagaroli, 55 ans, directrice photo, iconographe (75)
« Mon métier me permet de continuer à découvrir et comprendre
ce monde qui me passionne »
Que serait un magazine, un ouvrage d’art, une encyclopédie sans photo ? Le choix des images
est tout aussi important que celui des textes. Directrice photo et iconographe, Nadia Zagaroli
s’investit à fond pour contribuer à l’enrichissement éditorial.
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Vous avez travaillé pour de nombreux groupes de presse. Est-ce à chaque fois différent ?
Prisma Presse, LSA, Emap-Mondadori, sont des groupes de presse gérés comme des entreprises avec une hiérarchie pyramidale plus ou moins rigide mais toujours performante.
L’intérêt de ces groupes réside essentiellement pour moi dans l’assurance que l’on y travaille avec d’excellents professionnels triés sur le volet et les moyens matériels permettent aux salariés d’exercer au mieux leur profession. Les salaires et avantages plutôt élevés stimulent et rassurent mais peuvent aussi fossiliser ceux qui privilégient le confort. Il est donc souvent difficile de lutter contre des habitudes prises il y a trente ans, et le côté marketing qui vise à plaire au plus grand nombre pour augmenter les ventes ne favorise pas non plus la créativité.
Le Point et Le Nouvel Observateur, magazines d’opinion, gérés plus humainement, offrent plus de liberté d ‘expression et plus de créativité. Mais crise oblige, ils survivent financièrement et finissent par racoler le lectorat tout autant.Quelles sont vos méthodes pour trouver la « bonne » photo pour illustrer un article ?
D’abord lire l’article et si possible en discuter avec le ou la journaliste. En fonction des moyens, chercher les images en agences, auprès des photographes indépendants, dans les services de presse ou produire « la photo » si introuvable, en organisant les prises de vues.
Dans tous les cas, faire plusieurs propositions en tenant compte des impératifs techniques (couleur ou n/b, format, cadrage) et rédactionnels (ne pas coller au texte sauf document d’actualité ou historique), essayer d’apporter des informations supplémentaires avec l’image.Exprimez-nous l’impact que peut avoir le choix d’une illustration ?
Une illustration, selon qu’elle ouvre un papier ou l’enrichit, donne au lecteur des informations supplémentaires et agit également sur son inconscient, son affectivité.
La subjectivité de l’image est un facteur important pour enrichir l’imaginaire du lecteur et sa compréhension du texte. Par ailleurs, le traitement de l’image associé à celui de la maquette, permet d’inciter le lecteur à rentrer plus facilement dans certains sujets jugés plus ardus.Quel type de collaboration établissez-vous avec les journalistes ?
Collaboration étroite, enrichissante, les deux métiers se complètent et sont inséparables tout en étant parfaitement autonomes. Si le journaliste peut donner son avis sans l’imposer sur le choix des photos, l’iconographe intervient rarement sur le texte. Il arrive que les images proposées par l’iconographe enrichissent l’article qu’il faut alors modifier. D’où l’intérêt d’avoir une relation intelligente et ouverte de part et d’autre.Vous êtes aussi Directrice photo, en quoi cela consiste-t-il ?
Selon la taille du magazine, sa périodicité, la direction d’un service photo consiste à viser les factures, négocier les budgets au coup par coup ou à l’année, entretenir des relations commerciales avec les prestataires, assister aux réunions de services, gérer le personnel du service photo, veiller à la préservation du droit à l’image des personnes photographiées, accélérer les délais de paiement des photographes… recevoir des nouveaux photographes afin de proposer des sujets à la rédaction.
Pour la production d’images ou de reportages, il faut organiser les prises de vues en choisissant les photographes et les différents intervenants, assister la direction artistique si besoin et assurer la coordination textes et photos.Vous avez également travaillé pour le monde de l’édition. Est-ce radicalement différent par rapport à la presse ?
Même si les prestataires sont les mêmes, on a plus de temps pour travailler et l’objet (le livre) est destiné à durer, ce qui nous oblige à plus de rigueur et un niveau de réflexion plus élevé (je parle des beaux livres ou de la grande littérature). Il est très rare que l’on rencontre l’auteur, on travaille seul chez soi et les réunions sont fixées deux à trois fois par mois. On y gagne en liberté absolue et il vaut mieux aimer la solitude. Il est aussi recommandé de travailler pour plusieurs éditeurs si on veut gagner sa vie car les maisons d’édition emploient surtout des iconographes indépendants non salariés, et les rémunérations sont deux fois moins élevées.
On travaille pour « l’amour de l’art » et aujourd’hui, il est malheureusement fréquent de confier la recherche iconographique à des stagiaires inexpérimentées ou à des maquettistes surchargées.Entre presse et édition où va votre préférence ?
Très sincèrement je n’ai pas de préférence car les contraintes que je viens d’évoquer correspondent parfaitement à mon ambivalence psychologique qui fait que j’aime autant travailler en équipe que seule chez moi, aller très vite ou lentement, être salariée ou indépendante, mais ce qui est certain, c’est que ma préférence reste la recherche, quel que soit le support.Quelles compétences et qualités sont exigées pour faire votre métier ? En quoi vous passionne-t-il ?
Dans le désordre : bon niveau de culture générale et artistique, curiosité, polyvalence, rigueur et ténacité, sens artistique, intuition, humanité, écoute, politesse, discrétion et bon caractère.
Ayant étudié la littérature et l’histoire de l’art, bouleversée par la photographie humaniste depuis l’adolescence et écrivant moi-même des histoires, le métier d’iconographe me permet de continuer à découvrir et comprendre ce monde qui me passionne.Avez-vous dû relever des défis ? Quelles sont les grandes missions dont vous êtes fière ?
En fait j’ai toujours relevé des défis dans la mesure où j’ai toujours bougé lorsque j’avais fait le tour d’un titre et qu’il me fallait avancer. La progression professionnelle dans les entreprises pour lesquelles j’ai travaillé ne correspondant ni à mon rythme, ni à ma philosophie, j’ai toujours préféré changer d’employeur pour connaître d’autres méthodes de travail et assouvir ma curiosité.
Je suis fière d’avoir fait découvrir de grands photographes au lectorat de Pleine Vie, d’avoir géré le budget photo de ce mensuel en le réduisant de moitié, d’avoir convaincu un éditeur de me suivre sur l’adaptation d’un journal de décoration américain, d’avoir illustré deux beaux livres chez Flammarion et d’avoir revalorisé le supplément régional d’un grand hebdomadaire.Que recherchez-vous aujourd’hui ? Quel type de contrat et dans quel domaine ?
Je recherche plutôt des missions longues ou courtes dans la presse, l’édition, la publicité et l’audiovisuel afin de continuer à me passionner pour des sujets polyvalents, mais je ne refuserai ni CDI ou CDD si le poste à pourvoir privilégie la recherche ou la production d’images.Avez-vous un projet personnel que vous aimeriez réaliser ?
Parallèlement je crée des bijoux afin de me reconvertir si vraiment je n’arrivais plus à travailler en tant qu’iconographe ou si les missions sont de plus en plus courtes et sous-payées… et je continue à écrire.Accepteriez-vous d’être mobile en France, à l’étranger ?
J’accepterai d’être mobile uniquement en France si je peux concilier mon travail et ma vie de famille (mariée, deux enfants de 12 et 23 ans). Je l’ai fait pendant un an entre Paris et Aix–en-Provence et j’ai adoré.Propos recueillis par Sébastien Payet