


Henryka PARIS, 54 ans, couturière, dentellière, décoratrice d’intérieur (Aude)
« Je veux favoriser l’embauche de personnes handicapées »
Henryka PARIS est une artiste dans le monde de la couture. Elle éprouve une réelle passion
à concevoir patiemment et amoureusement du linge de maison à l’ancienne. Chaque pièce
est unique et exécutée dans des matériaux nobles. Visitez son site La Maison d'Henryka et
vous aurez tout compris. Aujourd’hui, il lui faut plus jamais de
l’aide pour prendre son envol.
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Après avoir été successivement vendeuse, chef de rayon, assistante de direction, comment vous est venue cette passion pour la création de linge de maison à l’ancienne ?Quand j’avais 6-7 ans, ma maman m’avait appris, ainsi qu’à ma sœur aînée, à raccommoder, coudre : le point de piqûre, le faufil, le point de tige … Ensuite, je fis les habits de ma poupée Suzie, puis du crochet, du tricot…Plus grande, la couture est devenue une véritable passion en fréquentant assez souvent les salles de ventes aux enchères et, très récemment, les vides-greniers. C’est là que j’ai découvert la beauté du linge ancien, comme les services de table blancs en damassés avec leurs initiales brodées, puis les grands draps monogrammés, en fil, en lin, en métis. J’éprouve une fascination, de l’amour même, pour ces vieilles choses tellement jolies.
Quels furent les principaux défis que vous avez dû relever seule pour vous lancer dans ce domaine artisanal ?
J’ai pris conscience que j’avais de l’or dans mes mains. Concevoir des pièces uniques m’est très facile mais je regrette de ne pouvoir réaliser encore les créations auxquelles je pense la nuit. Actuellement, je peine à asseoir financièrement mon entreprise créée en 2006. Il est indispensable que je passe à la vitesse supérieure.
Combien de temps consacrez-vous à la fabrication de vos créations ?
Je ne compte pas. Plusieurs heures, des jours, cela dépend. Je laisse mûrir longuement l’idée
d’une nouvelle création. Très souvent c’est une trouvaille en vide-grenier ou en salle des
ventes qui me procure l’idée que je concrétise d’abord en… dormant. Ensuite, je sélectionne
les matériaux pour passer à l’étape de la confection. A titre d’exemple, j’ai trouvé dans un
vide-grenier, chez Mado, ma vieille copine - celle qui fume des roulés un peu bruns ! -
un bout de broderie Richelieu de 25 cm x 170 cm. Je l’ai incrustée sur un grand pan
de linon ancien, ton sur ton, ce qui a eu pour résultat de redonner un aspect ancien à une
nappe banale à l’origine. J’en ai fait un surtable luxueux . Je pioche aussi mes idées chez mon fournisseur en tissus. Je m’intéresse également à la restauration de petits meubles anciens. Mais là c’est mon mari qui, bien qu’atteint d’une sclérose en plaque, intervient avec minutie.En 2006, vous avez ouvert une boutique LA MAISON D'HENRYKA où vos collections sont présentées. Cela vous a-t-il permis de mieux vous faire connaître ?
Pour l’instant très peu. Mon site n’est pas assez visible car mal référencé sans doute. Partant du principe qu’un webmaster d’excellence me donnerait un résultat multiplié par 100, j’ai décidé, malgré les coûts importants, de confier la refonte de mon site à un professionnel que j’ai trouvé sur un site de e-commerce où je me fournis en lavandin. Mon site sera multilingue : français, anglais, allemand et espagnol et possèdera, selon mon exigence, une visibilité en première ligne depuis le moteur de recherche Google. Ainsi je pourrai exposer mes créations à l’international.
Estimez-vous que votre activité peut dégager un fort potentiel ?J’en suis sûre. Pour moi, à 54 ans et mon mari qui en a 59 - ancien pilote de Formule 1 et concepteur automobile pour Peugeot et BMW en Allemagne - le développement de l’entreprise représente un nouveau départ dans notre vie que nous ne pouvons imaginer oisive.
Bénéficiez-vous actuellement d’aides financières pour développer votre commerce ?Un peu, mais pas suffisamment. Mon mari invalide ne touche rien et n’a plus le droit de travailler. Moi-même, je suis à l’AGEFIPH. Nous ne nous laissons pas aller pour autant : nous voulons vendre notre camion car nous souhaitons acheter un camping-car d’occasion pour nous rendre sur les salons et les foires en France et à l’étranger. Les objets d’exposition seront dans la grande bagagère et nous aurons ainsi toutes les commodités pour être à nos rendez-vous.
Aujourd’hui vous êtes toujours seule, vous ne disposez pas de réseau et pourtant vous ressentez le besoin d’aller plus loin. Quels sont vos projets ?Effectivement, le seul réseau que j’ai rejoint est Viadéo et aujourd’hui Senioragir. Je veux sortir de mon atelier pour exposer mes créations dans divers salons dédiés à l ‘habitat, à la décoration, à l’artisanat d’art, sillonner les foires, les marchés de Noël… Bref, je veux reprendre mon activité de commerçante comme par le passé mais cette fois avec mes propres œuvres.
Parallèlement, j’ai conscience qu’il me faut trouver des investissements, monter un dossier solide pour convaincre un banquier de m’aider. Si j’obtenais ne serait-ce que 10 000 euros, ce serait parfait même si cela ne suffirait pas à couvrir les frais que je dois engager tels que l’achat du camping-car, d’une machine à coudre plate industrielle, d’un stock de tissu et demi-duvet d’oie ainsi que la création d’un véritable site de e-commerce. Autant de besoins obligatoires pour rendre mon affaire rentable.Si vous parvenez à développer votre activité, vous serez amenée à embaucher du personnel
Oui et mon objectif est clair sur ce point : je veux favoriser l’embauche de petites mains handicapées physiques et mentales, des personnes touchées par une longue maladie telle la sclérose en plaque. J’aime la vie et être utile aux autres, même si le pari est difficile. Peu importe, le travail s’adaptera.Propos recueillis par Martine Triquet-Guillaume